Publié le 16 juin 2026 Mis à jour le 17 juin 2026

Voyager en train est à la fois fun et bien plus sobre en carbone que l’avion. Beaucoup d’étudiants et de membres du personnel optent déjà pour ce choix. Sebastian Seiffert du Service des relations internationales en fait partie. Ces derniers mois, il a privilégié le rail pour relier Bruxelles à Stockholm ou à Rome. Quand l’invitation pour une semaine d’échanges à l’Université Hassan II de Casablanca lui arrive, une question s’impose à lui: « Jusqu’où peut aller le voyage ‘vert’ ? »

 

Mon attrait pour les trains rapides remonte à mon année Erasmus à Bordeaux. Je me revois encore à la voiture-bar du TGV, fasciné de voir défiler les paysages à 300 km/h. À l’époque, rien d’aussi rapide ne circulait dans mon Allemagne natale ; cette manière de voyager faisait partie de la découverte culturelle de la France.

Aujourd’hui, je travaille au Service des Relations internationales de l’ULB. Un de mes rôles est l’obtention de bourses de mobilité Erasmus+ avec nos partenaires africains du réseau CIVIS. En 2023, quand plusieurs bourses ont été accordées à des échanges avec l’Université Hassan II de Casablanca, j’avais relevé un détail encore peu connu : Erasmus+ prévoit un complément financier pour celles et ceux qui choisissent de voyager par voie terrestre plutôt qu’en avion.

ulb.be/voyagervert

À l’approche du Forum CIVIS, l’idée d’un trajet bas carbone vers le Maroc a refait surface. Renseignements pris auprès de l’agence de voyages de l’ULB, le projet s’est révélé faisable : Bruxelles, Lyon, Barcelone, Madrid, puis le sud de l’Espagne jusqu’à Algésiras. De là, la traversée du détroit de Gibraltar - à peine 15 kilomètres - et enfin le train marocain jusqu’à Casablanca. Le tout en deux jours, avec une nuit à Madrid. Je devais moi-même m’occuper de la réservation du ferry et du train marocain, mais l’itinéraire tenait la route.

Après avoir obtenu le go familial pour deux weekends d’absence supplémentaires et vérifié le budget disponible à travers la bourse Erasmus+, ma décision est prise : ce sera le train et le ferry.
 

De Bruxelles à Madrid, au fil des rails

Le samedi 21 mars à 10 heures, je quitte Bruxelles-Midi, sac à dos chargé de deux romans, d’un guide sur le Maroc et de quelques albums téléchargés sur Spotify. Ce bagage culturel m’occupe jusqu’à Barcelone, avec un changement à Lyon. En Camargue, le train longe les lagunes : dans l’eau peu profonde, des flamants roses ponctuent le paysage. Entre Barcelone et Madrid, l’ambiance est plus animée avec un groupe d’ados joueurs de rugby qui sont visiblement d’excellente humeur. J’arrive à Madrid-Atocha à minuit, et je me dépêche de rejoindre mon hôtel.

Le lendemain, dès 7 heures, retour à la gare. L’offre de trains à grande vitesse est impressionnante : opérateurs espagnols, français, italiens… À 10 heures, me voici à Antequera, en Andalousie. Les inondations hivernales ayant endommagé la ligne ferroviaire vers Algésiras, le trajet se poursuit en bus. À l’arrivée, j’embarque sur le ferry parmi des touristes mexicains à destination de Tanger.
 

Traverser le détroit, changer de continent

Tanger Med impressionne par son ampleur : gigantesque port de fret et de passagers, navettes, contrôles, terminaux. Si je cherchais l’ambiance « aéroport », la voilà enfin ! Un taxi m’emmène vers Tanger, à 50 kilomètres du port. Le soir venu, j’embarque à bord d’Al Boraq (nom d’un mythique cheval ailé), le premier train à grande vitesse du continent africain. À 23 heures passées, Casablanca m’accueille. Ironie du sort : mon hôtel n’est autre que l’ancien siège marocain de la compagnie pétrolière Shell.

Une semaine plus tard, retour par le même itinéraire. Cette fois, j’effectue le trajet Casablanca-Tanger de jour : serres agricoles, plaines verdoyantes et aperçus de l’Atlantique défilent. Sur le ferry, la vue sur le rocher de Gibraltar est saisissante. J’en profite pour relire quelques pages de son histoire mouvementée, britannique depuis le début du XVIIIe siècle. À Madrid, j’ai la chance d’être hébergé par mon ami Nacho.

Nous allons prendre des churros pour le petit-déjeuner et enchainons avec une promenade dans El Retiro, le grand parc du centre de Madrid. Mon train n’est qu’à 13 heures, et c’est le seul de la journée, avec seulement huit heures de trajet. Pourtant, elles paraissent longues : j’ai mal au dos et, au moment d’atteindre la frontière française, j’écris à ma famille, à moitié en plaisantant : « Qui a eu cette drôle d’idée de faire ce voyage par voie terrestre ? » Je n’aurais pas dû : trois minutes plus tard, on nous informe qu’un incendie s’est déclaré près des voies à Sète, et que nous devons attendre jusqu’à nouvel ordre. J’abandonne mon projet de course à pied à mon arrivée à Avignon et commande une bière. Finalement, la situation se clarifie assez rapidement et le retard n’est que de 80 minutes.
 

Un bilan largement positif

Le lundi 30 mars, peu après midi, le TGV entre en gare de Bruxelles-Midi. L’heure du bilan arrive. En choisissant le train, le bus et le ferry, j’ai émis environ 15 % du CO₂ qu’aurait représenté un vol sur le même itinéraire. Au compteur : environ 5.500 kilomètres de train, 300 de bus et 40 de ferry. J’ai terminé un roman, abandonné l’autre en cours de route, et élargi sérieusement ma connaissance de la discographie de Rosalía.

Alors, recommencer ? Très probablement. Mieux encore : à plusieurs. Un collègue de Tübingen est déjà partant ; la prochaine fois, un rendez-vous à Lyon serait envisageable, avec pourquoi pas des collègues de Marseille ou de Madrid embarqués en route.

Cela dit, pour mes prochains déplacements professionnels, le choix restera pragmatique : Aix-en-Provence en train, en cinq heures tout compris ; Bucarest en avion, cette fois, pour des raisons familiales.

Sebastian Seiffert