Publié le 10 mars 2026 Mis à jour le 20 mars 2026

Du 23 au 29 mars se tient le Printemps des Sciences à Bruxelles et en Wallonie. Un festival qui fête cette année sa 25e édition. Regards croisés avec Marie Jo Gama, qui l’a mis sur pied à l’ULB en 2001, et Julie De Saedeleer, étudiante en mathématiques et jobiste à l’époque, qui le coordonne aujourd’hui.

Programme

«Les inscriptions au Printemps des Sciences viennent d’ouvrir; et en une semaine, 9.870 personnes se sont déjà inscrites!», lance enthousiaste la coordinatrice d’Inforsciences, Julie De Saedeleer. En 2019, le festival avait atteint un record de participation à l’ULB. L’année suivante, la pandémie marquait un coup d’arrêt: alors que les inscriptions démarraient bien, le confinement avait provoqué un arrêt brutal durant les derniers préparatifs. Depuis lors, le festival a repris sa formule originelle, et en 2026 la dynamique se confirme: le public est plus nombreux chaque année, jusqu’à dépasser ces années records.

Regard dans le rétro… «Dans les années 90, l’enseignement se démocratisait, le nombre d’étudiants et étudiantes augmentait, leur diversité aussi sauf dans les facultés des sciences: les jeunes semblaient se désintéresser des filières scientifiques. Il y avait moins d’étudiants dans ces facultés et surtout moins de diversité - peu d’enfants d’ouvriers et peu de femmes. Les universités menaient déjà à l’époque des activités de vulgarisation scientifique, comme l’Exposition des Sciences à l’ULB. Mais chaque université jouait pour elle seule, elle voulait recruter des étudiants», se souvient Marie Jo Gama, créatrice d’Inforsciences qu’elle a coordonné jusqu’à sa pension en 2016.
 

L’idée d'un festival à Bruxelles

En 2000, «Bruxelles, capitale européenne de la culture n’oublie pas que la culture» est aussi scientifique. L’ULB et la VUB sont de la fête et proposent le WetenschapsFestival des Sciences. Un chapiteau de 1200 m2 est dressé sur le campus de La Plaine: une semaine et deux week-ends de débats, de démonstrations et d’animations scientifiques pour les familles, les enfants, les écoles… «C’était un succès. Le public se pressait sous le chapiteau; les médias étaient présents. Tous les échos étaient enthousiastes; nous avions gagné notre pari, sourit Marie Jo Gama. C’est alors que j’ai reçu un appel d’un attaché ministériel: il voulait savoir si ça valait la peine d’investir dans un festival des sciences. Nous venions d’en faire la preuve; il était rassuré.»

La ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique de la Communauté française, Françoise Dupuis, met alors sur pied un groupe de travail chargé de proposer des actions visant à sensibiliser et à diffuser les sciences auprès des jeunes. L’objectif est d’amener les différents acteurs à se coordonner autour d’un seul et même événement. Chez nos voisins européens, des initiatives existent déjà, comme la Fête des sciences en France. L’idée d’organiser un festival des sciences rassemblant différentes initiatives locales s’impose: le Printemps des Sciences est né; une semaine autour des sciences pour les classes et les familles à Bruxelles et en Wallonie; la première édition a lieu en mars 2001. 

«Aujourd’hui, l’enjeu d’expliquer la différence entre information et désinformation  est beaucoup plus important.»

Pour et par les étudiants et étudiantes

Vingt-cinq ans après, le Printemps des Sciences est devenu un rendez-vous annuel incontournable. Et si chaque opérateur garde ses spécificités, tous sont réunis sous un même thème – L’esprit en éveil: 25 ans de culture scientifique, cette année – et autour d’une organisation commune, coordonnée par le réseau Sciences.be.

«À l’ULB, nous avons toujours été très attentifs à impliquer les étudiants et étudiantes dans le Printemps des Sciences. Depuis 2011, la participation à l’Exposition des Sciences est même intégrée à leur programme d’études. Mais c’est une tradition bien plus ancienne puisqu’elle remonte à 1958 lorsque le professeur Libois a créé la première exposition de mathématiques. Il avait envie que les étudiants et étudiantes ne se limitent pas à apprendre les mathématiques passivement mais qu’ils les pratiquent et cela bien avant leur mémoire de fin d’études. D’où son idée d’exposition qui a rapidement inspiré ses collègues de physique et de chimie. C’est finalement devenu l’Exposition des Sciences qui reste aujourd’hui proposée lors du Printemps des Sciences», explique Marie Jo Gama.

En 25 ans, l’Internet s’est installé, les réseaux sociaux ont explosé, l’accès à l’information s’est métamorphosé, tout comme la qualité de cette information. «Aujourd’hui, l’enjeu d’expliquer la différence entre information et désinformation est beaucoup plus important : il faut sensibiliser à trier les informations, faire de la médiation scientifique alors qu’il y a 25 ans, on faisait plutôt de la diffusion scientifique, donner accès à l’information», constate Julie De Saedeleer. Et Marie Jo Gama de conclure: «Dans les années 2000, on faisait de la vulgarisation scientifique pour inciter les jeunes à s’orienter vers des études scientifiques; politiques et scientifiques mettaient l’accent sur les enjeux socioéconomiques. Mais, socialement, on n’a pas assez pris la mesure de combien le savoir scientifique est essentiel à notre indépendance ; aujourd’hui, on en paie le prix. Il n’y a sans doute pas eu assez de Printemps des Sciences.»

Nathalie Gobbe