1. Actus & Agenda
  2. FR
  3. Magazines
  4. Esprit libre
  5. Derniers numéros

Marius Gilbert: "Il y a un continuum dans la production des savoirs"

Publié le 10 mars 2026 Mis à jour le 20 mars 2026

La médiation scientifique s’est développée au fil des années dans les universités ; elle s’y est aussi institutionnalisée comme l’illustre le Printemps des Sciences. Rencontre avec Marius Gilbert, vice-recteur à la culture et à la médiation scientifique.

Le Printemps des Sciences a déjà 25 ans. Sa création a marqué une étape importante même si l’histoire de la médiation scientifique est bien plus ancienne.
De tous temps en effet, les universités ont eu pour mission de partager la connaissance avec la société; d’éveiller la curiosité du public ; d’étancher son envie d’apprendre ; d’ouvrir ses espaces pour rendre le savoir accessible au-delà des étudiants, étudiantes, des chercheurs, chercheuses… Des revues ont été créées, des livres publiés – je me souviens par exemple de mon grand-père, professeur d’égyptologie à l’ULB qui publiait des romans alimentés par ses travaux de recherche ou des guides associant son intérêt pour les voyages, l’architecture et le patrimoine – ; des musées ont été ouverts ; des conférences ont été organisées; etc. L'Université Inter-âges (Cepulb) par exemple existe déjà depuis plus de 50 ans ; Radio campus presque autant. Le Centre de culture scientifique a fêté ses 30 ans... Toutes ces initiatives étaient souvent personnelles, nées grâce à la motivation d’une ou de quelques personnes ; elles se sont petit à petit institutionnalisées. Le Printemps des Sciences en est également une belle illustration. Il n’existait pas encore quand j’étais étudiant bioingénieur, mais nous participions déjà à une exposition ouverte aux classes de l’enseignement secondaire. Je garde un excellent souvenir de cet échange avec les élèves, autour d’un poster ou d’une expérience reconstituée pour l’occasion.

Les initiatives se sont aussi multipliées et diversifiées.
Aujourd’hui, l’Université compte en effet des dizaines d’acteurs et d’actrices en médiation scientifique. Les initiatives ont changé au fil des années et des évolutions techniques et sociétales. L’Internet en particulier a apporté de nouveaux espaces pour partager la connaissance: sites web, réseaux sociaux, capsules vidéos, podcasts, performances audiovisuelles, etc. Plus récemment, les sciences ouvertes – la volonté de donner accès à tous et toutes, aux données de la recherche – se sont développées. La recherche participative qui implique des citoyens et citoyennes dans la recherche (lire notre dossier dans l’Esprit libre n°70, juin-juilletaoût 2025) s’est affirmée…

L’Université vient de se doter également d’un Conseil de la culture et de la médiation scientifique. Quel est son rôle?
Le Conseil de la culture et de médiation scientifique (CCMS) complète les conseils déjà existants: Conseil des études, Conseil de la recherche, Conseil des relations internationales. C’était devenu une nécessité : face à la richesse des activités de culture et de médiation scientifique, nous devons travailler ensemble et pour cela, nous structurer. Le Conseil vient compléter la gouvernance déjà en place: vice-recteur, conseillers. Il se veut un espace de réflexion, de discussion et d’avis sur des questions qui touchent à la politique de l’ULB en matière de culture et de médiation scientifique. Il contribuera à initier, fédérer, soutenir les activités de l’Université dans ces domaines et sera aidé par plusieurs commissions ou groupes de travail.

Quel est votre défi prioritaire pour la culture et la médiation scientifique?
Il y a un continuum dans la production des savoirs: lieu d’enseignement et de recherche, l’Université produit aussi de la culture ancrée dans des savoirs scientifiques. Le principal défi est que l’importance de cette mission n’est pas toujours perçue, et cela se reflète dans une certaine difficulté à mobiliser des moyens. Les appels à projets externes sont peu nombreux et relativement limités, mais les choses changent petit à petit, face à la perception de l’enjeu démocratique du partage des savoirs. Il est donc important que nous puissions aider les académiques à identifier des sources de financement externes et à monter des dossiers de candidature. Le second défi pour la culture et la médiation scientifique est le temps que les chercheurs et chercheuses peuvent y consacrer. Comme des centaines d’universités en Europe, l’ULB a signé la Coalition for Advancing Research Assessment (CoARA) visant à réformer les méthodes et procédures d’évaluation de la recherche et des chercheurs, chercheuses, en ouvrant à d’autres productions que les seules publications scientifiques. Il reste à traduire cette volonté en actions, et une meilleure valorisation de ce qui se fait en matière de médiation pourra en faire partie. Mais même si l’on peut encore progresser, on voit que le nombre de chercheurs et chercheuses qui pratiquent la médiation scientifique ne cesse d’augmenter. Le Prix de la diffusion scientifique que nous décernons chaque année en est un bel exemple. Nous craignions que le vivier s’épuise après deux éditions; et pourtant, nous en sommes à la 5e et les candidatures sont toujours aussi nombreuses et intéressantes. 

Nathalie Gobbe