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Portrait de Grégory Laurent: les chemins de traverse
Publié le 17 mars 2026
– Mis à jour le 20 mars 2026
Ni trajectoire modèle ni carrière programmée: des marges scolaires à l’Université libre de Bruxelles, des scènes étudiantes au spectacle vivant, Gregory Laurent avance par bifurcations successives. Aujourd’hui Commissaire général de la Foire du Livre de Bruxelles, il revendique un parcours guidé par la curiosité, l’engagement et la conviction qu’une culture vivante doit rester ouverte, accueillante et lucide face aux défis contemporains. À quelques jours de l’édition qui s’ouvrira ce 26 mars, il revient avec nous sur son parcours.
Il n’a pas grandi dans un rapport apaisé à l’école. Très tôt, Gregory Laurent a fait l’expérience de ne pas entrer dans les cases, d’être perçu comme un mauvais élève, un enfant en décalage. Une trajectoire marquée par le sentiment d’injustice et cette impression persistante de ne pas être à sa place.
«Je pense très honnêtement que le livre m’a sauvé», dit-il simplement. Non comme un refuge abstrait, mais comme une ouverture concrète : une fenêtre vers d’autres récits, d’autres possibles. Le livre ne l’a pas protégé du réel; il lui a donné les moyens de le comprendre, de l’interroger et de s’y inscrire autrement.
Cette rencontre fondatrice structure un parcours fait de détours assumés. Gregory Laurent n’a jamais suivi une trajectoire rectiligne. Il avance par curiosité, par appels successifs, refusant l’idée d’une carrière planifiée: «Je n’ai jamais eu besoin de me projeter. J’ai préféré me laisser surprendre.»
Au début des années 2000, il entre à l’ULB et s’oriente rapidement vers les sciences politiques. Là, quelque chose se déplace. Il découvre un espace qui lui offre ce que l’école n’avait pas pu lui donner: du temps, de la liberté, et surtout la confiance d’être accueilli tel qu’il est. Il se remémore: «L’université te donne le sentiment que le monde est à toi.»
Il y découvre aussi une université parallèle, associative et culturelle, faite de théâtre, de radio et de projets collectifs. C’est là que se forge une conviction durable: l’université n’est pas seulement un lieu de savoir, mais un lieu de passage. Un espace où l’on apprend à devenir.
Avec enthousiasme, il investit ces espaces où le libre examen cesse d’être un principe abstrait pour s’incarner, se confronter et se traduire en actes. Créer un festival, défendre un projet, convaincre, organiser constituent un véritable apprentissage, où la culture se vit comme un artisanat exigeant, de la première idée au dernier applaudissement.
Entre 2007 et 2009, il passe de l’autre côté. Adjoint aux affaires culturelles du Recteur Philippe Vincke et président de la Commission culturelle de l’ULB, il découvre l’institution de l’intérieur. Cette double position forge une posture durable, attentive aux équilibres entre liberté, responsabilité et décision. Le libre examen, apprend-il alors, n’exonère jamais de choisir.
En 2023, il revient à la direction de la Foire du Livre de Bruxelles, événement pour lequel il a instauré la gratuité lors de son entrée en fonction initiale en 2016. Non comme slogan, mais comme acte politique au sens fort. «La culture est un droit, au même titre que les droits sociaux», affirmet-il. Il en résume l’esprit en une phrase: «Il n’y a plus de ticket d’entrée, il y a un ticket de sortie: le livre.»
Face à une époque saturée d’écrans, Gregory Laurent refuse la nostalgie comme les diagnostics alarmistes. Oui, le temps de lecture est sous pression. Mais les pratiques se déplacent, se transforment. Il constate que les jeunes lisent encore - autrement, ailleurs, guidés par de nouveaux prescripteurs. Le défi n’est pas de juger ces pratiques, mais d’en comprendre les logiques.
Dans un monde fragmenté, tenté par les réponses simplistes et les anathèmes, il défend une vision de la culture qui donne de l’épaisseur au réel, outille la pensée critique et relie plutôt qu’elle n’exclut. Son parcours dit aussi quelque chose de l’ULB: une université qui ne promet pas des certitudes, mais des chemins. À l’image de Gregory Laurent, pour qui le livre n’a jamais été une fin en soi, mais un passage - vers soi, vers les autres, vers le monde.
Raphaël Nouveau
L'ULB à la Foire du livre
«Je pense très honnêtement que le livre m’a sauvé», dit-il simplement. Non comme un refuge abstrait, mais comme une ouverture concrète : une fenêtre vers d’autres récits, d’autres possibles. Le livre ne l’a pas protégé du réel; il lui a donné les moyens de le comprendre, de l’interroger et de s’y inscrire autrement.
Cette rencontre fondatrice structure un parcours fait de détours assumés. Gregory Laurent n’a jamais suivi une trajectoire rectiligne. Il avance par curiosité, par appels successifs, refusant l’idée d’une carrière planifiée: «Je n’ai jamais eu besoin de me projeter. J’ai préféré me laisser surprendre.»
Au début des années 2000, il entre à l’ULB et s’oriente rapidement vers les sciences politiques. Là, quelque chose se déplace. Il découvre un espace qui lui offre ce que l’école n’avait pas pu lui donner: du temps, de la liberté, et surtout la confiance d’être accueilli tel qu’il est. Il se remémore: «L’université te donne le sentiment que le monde est à toi.»
Il y découvre aussi une université parallèle, associative et culturelle, faite de théâtre, de radio et de projets collectifs. C’est là que se forge une conviction durable: l’université n’est pas seulement un lieu de savoir, mais un lieu de passage. Un espace où l’on apprend à devenir.
Avec enthousiasme, il investit ces espaces où le libre examen cesse d’être un principe abstrait pour s’incarner, se confronter et se traduire en actes. Créer un festival, défendre un projet, convaincre, organiser constituent un véritable apprentissage, où la culture se vit comme un artisanat exigeant, de la première idée au dernier applaudissement.
Entre 2007 et 2009, il passe de l’autre côté. Adjoint aux affaires culturelles du Recteur Philippe Vincke et président de la Commission culturelle de l’ULB, il découvre l’institution de l’intérieur. Cette double position forge une posture durable, attentive aux équilibres entre liberté, responsabilité et décision. Le libre examen, apprend-il alors, n’exonère jamais de choisir.
Des pratiques qui se déplacent
Formé aux arts du spectacle à l’ULB et au Conservatoire royal de Bruxelles, Gregory Laurent poursuit son engagement dans le champ culturel en restant étroitement lié à l’Université. Après une première expérience à la Foire du Livre de Bruxelles, il prend la tête du service ULB Culture, qu’il dirige de 2019 à 2023. Il y prolonge, au cœur de l’institution, ce qui fonde son parcours: soutenir la création, faire dialoguer savoirs et pratiques culturelles, et penser la culture comme un espace accessible et vivant.En 2023, il revient à la direction de la Foire du Livre de Bruxelles, événement pour lequel il a instauré la gratuité lors de son entrée en fonction initiale en 2016. Non comme slogan, mais comme acte politique au sens fort. «La culture est un droit, au même titre que les droits sociaux», affirmet-il. Il en résume l’esprit en une phrase: «Il n’y a plus de ticket d’entrée, il y a un ticket de sortie: le livre.»
Face à une époque saturée d’écrans, Gregory Laurent refuse la nostalgie comme les diagnostics alarmistes. Oui, le temps de lecture est sous pression. Mais les pratiques se déplacent, se transforment. Il constate que les jeunes lisent encore - autrement, ailleurs, guidés par de nouveaux prescripteurs. Le défi n’est pas de juger ces pratiques, mais d’en comprendre les logiques.
«Je pense très honnêtement que le livre m’a sauvé.»
Une action au quotidien
Dans cette perspective, il parle de transmission et de «capabilités», de ces «accidents heureux» – la rencontre avec un texte ou une œuvre capable de déplacer une trajectoire. Ce qu’il a vécu, il cherche aujourd’hui à le rendre possible pour d’autres, à travers les actions menées tout au long de l’année par la Foire du Livre dans les écoles, les prisons et les lieux de soin.Dans un monde fragmenté, tenté par les réponses simplistes et les anathèmes, il défend une vision de la culture qui donne de l’épaisseur au réel, outille la pensée critique et relie plutôt qu’elle n’exclut. Son parcours dit aussi quelque chose de l’ULB: une université qui ne promet pas des certitudes, mais des chemins. À l’image de Gregory Laurent, pour qui le livre n’a jamais été une fin en soi, mais un passage - vers soi, vers les autres, vers le monde.
Raphaël Nouveau
L'ULB à la Foire du livre