Publié le 10 juin 2026 Mis à jour le 17 juin 2026

Quarante ans de carrière, une réputation mondiale et la société toujours au cœur de ses préoccupations, l’économiste Mathias Dewatripont – professeur à la Faculté Solvay Brussels School of Economics and Management (SBS-EM) - prend sa retraite.

Sur le plan scientifique, Mathias Dewatripont n’a plus rien à prouver depuis longtemps. Prix Francqui, Médaille Jahnsson, membre de l’Académie royale de Belgique, etc. : les honneurs sont venus, l’un après l’autre, saluer une carrière forte. Mais réduire ce professeur de la Faculté Solvay Brussels School of Economics and Management à son palmarès serait passer à côté de l’essentiel. Ce qui caractérise Mathias Dewatripont, c’est une conviction portée pendant quarante ans, celle que la recherche économique n’a de sens que si elle dialogue avec le monde.

Tout commence à Bruxelles. C’est à l’ULB qu’il obtient sa licence en économie, puis sa maîtrise en économétrie. Grâce à une bourse du FNRS et de la Belgian American Educational Foundation, il rejoint la Harvard University pour son doctorat, qu’il obtient en 1986 avec une spécialisation en théorie des contrats – domaine dans lequel il s’imposera comme une référence mondiale. De retour à Bruxelles, il pose ses valises à l’ULB. Pendant les années 1998-2011, il traversera l’Atlantique sept semaines par an pour enseigner au Massachusetts Institute of Technology (MIT), avant de revenir, toujours, à Bruxelles.

À l’ULB, il co-fonde ECARES avec quelques collègues - centre qui deviendra l’un des pôles de recherche économique les plus reconnus en Europe. Spécialiste de la théorie des contrats, de l’économie industrielle, de la gouvernance des organisations et de la régulation bancaire, il publie dans les revues les plus prestigieuses et coécrit de nombreux ouvrages de référence. Membre honoraire étranger de l’American Academy of Arts and Sciences et de l’American Economic Association, Docteur Honoris Causa de l’Université d’Anvers : un palmarès porté avec la discrétion qui le caractérise.

Parallèlement à ses travaux, il s’investit pleinement dans la vie institutionnelle de sa faculté, ayant notamment été vice-président, président, puis premier doyen de la toute nouvelle SBS-EM, née de la fusion du Département d’économie et de l’École de Commerce Solvay.

"Une conviction portée pendant quarante ans, celle que la recherche économique n’a de sens que si elle dialogue avec le monde."

De la recherche au terrain

En 2005, il rejoint le groupe d’experts chargé de concevoir le Conseil européen de la recherche – l’ERC, devenu depuis le label de l’excellence scientifique en Europe, dont cinq lauréats ont obtenu un prix Nobel. Il dira n’y avoir apporté que sa « petite pierre ». Une modestie qui en dit long sur l’homme.

En 2011, en pleine crise de la dette grecque, il rejoint la Banque nationale de Belgique comme directeur – vice-gouverneur le temps d’une période. Il y participera notamment à la mise en place du mécanisme de supervision bancaire de la Banque centrale européenne, pilier de l’Union bancaire européenne. De retour à l’ULB en 2017, il est invité à co-diriger l’I3h, l’Institute for Interdisciplinary Innovation in Healthcare, par son fondateur, le professeur d’immunologie Michel Goldman. Avant de raccrocher, Mathias Dewatripont a enchaîné les interviews. Dont une pour Better Call Science, le compte Instagram de la recherche ULB, il s’est prêté au format décryptage en moins de 2 minutes.

Quand la Covid-19 frappe, Mathias Dewatripont se retrouve en première ligne – membre des groupes d’experts chargés de conseiller le gouvernement belge dans la gestion de cette crise inédite (GEES puis GEMS), période pendant laquelle il a également été président du Conseil stratégique de Get Up Wallonia pour la relance économique wallonne. Pour saluer cette carrière exceptionnelle, la Solvay Brussels School of Economics and Management et ECARES ont organisé les 6 et 7 mai le Dewatripont Fest sur le campus du Solbosch. Pendant deux journées, l’événement a réuni un large éventail d’économistes de premier plan, de décideurs publics et d’anciens collaborateurs, autour de conférences scientifiques, de tables rondes et de discussions consacrées aux grands thèmes qui ont marqué ses travaux, théorie des contrats, régulation financière, gouvernance des organisations. Plusieurs figures majeures de la discipline, dont cinq lauréats du prix Nobel d’économie, ont pris part aux échanges, aux côtés de représentants d’institutions européennes et nationales. Au-delà de l’hommage académique, ces rencontres ont également été l’occasion de revenir sur l’impact concret de ses recherches dans la conduite des politiques publiques, illustrant le rôle singulier qu’il a joué au croisement de la science économique et de l’action.

 Victoria Libert