Publié le 17 juin 2026 Mis à jour le 17 juin 2026

Dans un contexte mondial en turbulences, Anne Weyembergh, la vice-rectrice aux relations internationales et à la coopération défend une internationalisation ancrée dans les valeurs de l’ULB et dresse le bilan et les perspectives d’un mandat consacré à renforcer les liens de l’Université avec le monde.


Pourquoi l’internationalisation est importante pour l’ULB?
L’internationalisation occupe une place centrale dans le développement de notre Université. En tant qu’institution académique engagée dans la production et la transmission du savoir, elle a tout intérêt à s’ouvrir au monde et à multiplier les échanges au-delà des frontières nationales. Cette ouverture permet de renforcer son rayonnement à l’échelle globale, de soutenir une politique de recrutement ouverte à l’international, attentive à la diversité des talents. Elle permet ainsi non seulement d’attirer des étudiants et des chercheurs issus d’horizons variés, mais aussi d’enrichir l’Université dans ses différentes missions, principalement l’enseignement et la recherche.

C’est donc un véritable levier pour la formation...
En effet, l’internationalisation constitue un levier majeur pour la formation des étudiants, les exposant (et toute la communauté universitaire avec eux) à une diversité de modes d’apprentissage et d’enseignement, et favorisant l’enrichissement mutuel. Elle se décline sous différentes formes qu’il s’agisse de les faire bénéficier de divers types de mobilités – de long, moyen ou court terme, y compris en format hybride via les Blended intensive programmes ou BIPs –, de l’établissement de diplômes multiples ou conjoints tels les Erasmus Mundus ou de l’internationalisation at home rendue possible par l’accueil d’étudiants internationaux. Elle contribue à accroître l’employabilité de nos diplômés en faisant d’eux des citoyens du monde, multilingues, ouverts d’esprit, plus indépendants et plus matures. Elle les amène également à se confronter à d’autres systèmes de pensée, à développer un pluralisme critique et à questionner leurs pratiques à la lumière d’expériences et de savoirs non occidentalocentrés.

Quelle est la place de l’international dans la recherche?
L’internationalisation joue bien sûr aussi un rôle essentiel dans le développement de la recherche scientifique et ce, quel que soit le secteur considéré. Dans certaines disciplines, la recherche ne peut d’ailleurs se concevoir qu’en réseau, notamment lorsqu’elle nécessite l’accès à de grands équipements ou à des expertises hautement spécialisées.  Mais l’internationalisation n’est pas seulement importante pour les étudiants, les chercheurs, les professeurs, elle l’est aussi bien sûr pour le personnel administratif qui doit notamment aussi pouvoir bénéficier de séjours mobilité.

La place de l’ULB, à Bruxelles, au cœur de l’Europe joue également un rôle clé...
Dans un tel contexte, l’internationalisation s’inscrit naturellement dans l’environnement quotidien de l’Université. La diversité linguistique, culturelle et politique de Bruxelles offre un terrain particulièrement favorable au développement d’une université tournée vers le monde. Pour l’ULB, cette ouverture internationale fait véritablement partie de son ADN. Elle se traduit par de multiples partenariats académiques à travers le monde, des programmes d’échange, ainsi que par une volonté constante de promouvoir des valeurs d’inclusion, d’ouverture et de coopération. L’internationalisation constitue ainsi un levier stratégique mais aussi un pilier fondamental des missions et de l’identité même de l’ULB.

« L’internationalisation constitue un pilier fondamental de l’identité même de l’ULB. »

L’actualité internationale est plutôt sombre, quel impact pour notre communauté universitaire?
L’internationalisation est bien sûr marquée par de nombreux défis, dont les complications ou obstacles administratifs liés au « resserrement » de la législation et des pratiques en matière d’accès au territoire et de séjour (visas, etc.). L’actualité internationale de ces dernières années s’est aussi révélée particulièrement agitée et marquée par des crises profondes, dont une multiplication de conflits armés et un net recul de l’État de droit et de la démocratie, y compris dans des pays avec lesquels nous avions coutume de coopérer. Cette réalité n’est pas sans impact sur la communauté universitaire de l’ULB.  De nombreux membres de notre communauté universitaire ont été directement ou indirectement touchés par ces événements dramatiques, ce qui appelle une attention particulière, ainsi qu’un soutien et une solidarité renforcés à leur égard.

Comment l’Université répond-t-elle à ces crises?
Face à ces situations, l’Université a dû renforcer ses capacités de gestion de crise, tout particulièrement à travers ses services administratifs, amenés par exemple à organiser le rapatriement d’étudiants ou de chercheurs en mobilité internationale, parfois dans l’urgence, afin d’assurer leur sécurité. L’ULB a aussi cherché à manifester sa solidarité, a maintenu et renforcé ses relations avec des partenaires situés dans des régions particulièrement touchées, comme par exemple dans les Kivus en République démocratique du Congo, au Liban ou encore en Palestine.

Concrètement...
Dans le contexte international actuel, et sans être exhaustive, trois éléments méritent en particulier d’être mis en exergue. D’abord, le screening des partenariats institutionnels internationaux apparaît plus que jamais indispensable, en particulier pour garantir qu’ils soient conformes au droit international. Ceci sans affecter les coopérations individuelles et en reconnaissant que nos meilleurs alliés se trouvent souvent au sein même d’universités situées dans des États aux politiques problématiques, où il importe de ne pas abandonner les académiques et institutions qui continuent de partager nos principes dans des contextes difficiles. Ensuite, l’importance des collaborations internationales, des réseaux universitaires transnationaux et des alliances internationales doit être soulignée. Ces dynamiques permettent entre autres de favoriser l’échange de bonnes pratiques et la réflexion collective face aux défis contemporains qui vont croissant. Ils constituent en outre un cadre essentiel pour défendre, de manière concertée, l’Institution universitaire, la recherche scientifique et la liberté académique, de plus en plus souvent mises à l’épreuve par des attaques parfois virulentes dans de nombreuses régions et pays du monde. Enfin la pertinence de certaines de nos initiatives, notamment l’octroi de bourses postdoctorales destinées aux chercheurs en danger dans le cadre du Fonds de solidarité Khaled Al-Assad ainsi que la mise en place de véritables «bulles d’air » pour des chercheurs contraints d’évoluer dans des contextes extrêmement tendus, comme des conflits armés. Ces dispositifs leur permettent de poursuivre leurs travaux dans un environnement plus serein, comme ce fut notamment le cas pour plusieurs chercheuses ukrainiennes. Je citerai aussi encore ici les bourses EU-Passworld de l’ULB permettant de financer des étudiants réfugiés.

 

En chiffres pour 2025-2026

La communauté universitaire, ce sont...

Les mobilités internationale, ce sont...

Les partenariats internationaux, ce sont...

L'International Welcome Desk, ce sont...


Nous entamons la 2e moitié du second mandat de la Rectrice. Quelles ont été les réalisations majeures depuis votre prise de fonction comme vice-rectrice aux relations extérieures?
Avec les deux conseillers auprès de la Rectrice, François Heinderyckx (pour l’Alliance CIVIS) et Serge Jaumain (pour la coopération internationale) et avec le Service des relations internationales – toutes équipes confondues sous la direction de Gaëlle Ducarme d’abord et Élodie Decostre ensuite, que je tiens à remercier très vivement – les réalisations ont été substantielles. Vu l’espace qui m’est imparti, je ne peux être qu’extrêmement synthétique et très peu exhaustive. Mais je classerais nos réalisations selon trois grands axes.  Le 1er axe rassemble le travail/ les initiatives qui ont visé à renforcer la présence et la visibilité internationales de notre Université. Le 2e  axe vise à mettre autant que possible nos relations internationales en concordance avec les valeurs de l’ULB. Le 3e  axe concerne le renforcement de la coopération internationale.

En quelques mots, comment a-t-on pu renforcer la présence et la visibilité internationales de l’ULB?
À cet égard, je mentionnerai entre autres l’ancrage de l’Alliance européenne CIVIS dans notre Université (tous corps confondus), l’approfondissement de notre alliance à travers l’obtention de financements successifs et la multiplication des projets avec les partenaires européens et africains au sein de l’Alliance (comme par exemple le projet SMARTT, projet pilote sur le diplôme européen ou comme le réseau Jean Monnet PolyCIVIS, projet pionnier au plan de l’implication des partenaires CIVIS africains).

« Les défis auxquels nous faisons face – qu’ils soient d’ordre géopolitiques ou économiques – se multiplient et se complexifient. »

Que peut-on pointer comme autres projets?
Au-delà de CIVIS, c’est aussi tout le travail d’évaluation et/ ou d’approfondissement de nos autres partenariats privilégiés, comme avec l’Université de Waseda (Japon) ou l’UNILU (RDC), ou le travail de « combinaison » de certains partenariats privilégiés, par exemple l’association de l’UCAD (Sénégal), par ailleurs partenaire CIVIS, au réseau G3 qui nous unit depuis plus de dix ans aux universités de Montréal et de Genève. Ce travail visant au renforcement de notre Alliance CIVIS et de nos autres partenariats s’est fait avec la volonté de favoriser une dynamique « bottom-up ». Ce 1er axe a aussi conduit au renforcement des mobilités des étudiants, des chercheurs, des académiques et du personnel administratif. Cela a notamment impliqué de mieux identifier les obstacles à la mobilité afin d’y apporter des réponses adaptées. Enfin, parmi les réalisations on notera encore le développement d’une stratégie transversale de rapprochement avec les institutions européennes, afin de davantage bénéficier de notre localisation à Bruxelles.

Pour le deuxième axe, vous insistez sur l’importance de rester en concordance avec les valeurs de l’ULB. Pouvez-vous illustrer cela?
Cette priorité a par exemple conduit à une amélioration et un renforcement de l’accueil de nos publics internationaux via le travail de l’International Welcome Desk et à l’établissement de deux comités : d’une part, le comité pour le respect du droit international et « dual use » et, d’autre part, le comité de pilotage sur les héritages coloniaux et les décolonisations. Cette approche s’accompagne d’un renforcement des mécanismes de solidarité, à travers notamment le développement du fonds de solidarité Khaled Al Assad, des dispositifs de type « Bulles d’air», le soutien à des initiatives comme la fondation Daughters for Life ou les bourses EU-Passworld.  À cet égard, je voudrais mentionner que nous pouvons entre autres compter sur le BrIAS (The Brussels Institute for Advanced Studies) qui contribue à l’internationalisation en accueillant des chercheurs de haut niveau du monde entier mais en particulier aussi en offrant un espace de vie et de recherche idéal pour les chercheurs en danger et les académiques qui viennent dans le cadre du dispositif «bulles d'air ».

« L’expérience internationale bouscule nos certitudes, nous oblige à repenser nos méthodes et nos perspectives. »

Comment l’ULB a-t-elle renforcé l’axe coopération internationale?
Entre autres à travers l’Alliance CIVIS qui compte six universités africaines dont l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) qui est entretemps devenue un des partenaires privilégiés de l’ULB mais aussi à travers le partenariat privilégié avec l’Université de Lubumbashi (UNILU). Ce dernier est un élément moteur de nos liens avec la RDC et illustre parfaitement tout ce qu’une telle collaboration peut apporter aux partenaires de part et d’autre : on notera entre autres à l’UNILU la mise en place d’une Faculté d’architecture, les préparatifs en vue de l’établissement d’un département de traduction et d’interprétation, et le projet d’une Université des enfants. Grâce au travail de ses représentants, l’Université s’est aussi fortement investie dans la Commission de la coopération internationale (CCI) de l’ARES qui est le vecteur d’importants projets de recherche et d’enseignement. Notre objectif a été de mieux faire connaître les voies de financement et les projets de coopération eux-mêmes. Ces derniers produisent, en effet, des résultats impressionnants que nous souhaitons mettre davantage en lumière. La Journée de la coopération, qui se tient chaque année et en sera à sa 20e  édition l’année prochaine, illustre cette volonté de sensibiliser toute la communauté universitaire à la coopération internationale. Enfin, les années passées ont aussi été consacrées à un renforcement très net de nos liens avec l’ONG universitaire ULB Coopération, devenue tout récemment UCOOPIA. UCOOPIA, qui réunit désormais ULB Coopération, Eclosio (l’ONG de l’Université de Liège) et l’Université de Mons, reflète notre volonté de mener une action interuniversitaire en la matière. Le paysage de la coopération internationale, ici en Belgique mais au-delà de nos frontières, a en effet profondément évolué ces dernières années et continuera de se transformer à un rythme soutenu. Les défis auxquels nous faisons face — qu’ils soient d’ordre géopolitiques ou économiques — se multiplient et se complexifient. Dans ce contexte, la création d’UCOOPIA apparaît comme une réponse forte, lucide et résolument tournée vers l’avenir. 

Que vous a apporté votre expérience internationale?
Cela représente un enrichissement incomparable, tant sur le plan professionnel que personnel. De par mes sujets d’enseignement et de recherche (le droit pénal européen, c’est à-dire la coopération policière et judiciaire en matière pénale), j’ai toujours été fortement tournée vers l’international et cette ouverture a façonné la plus grande partie de mon parcours académique depuis la fondation et la coordination du réseau académique européen ECLAN (European Criminal Law Academic Network) au vice-rectorat au relations internationales et à la coopération, en passant par la présidence de l’Institut d’Études européennes.

Vous dites que l’expérience internationale «favorise le décentrement». Pouvez-vous nous expliquer?
Il s’agit de la capacité à prendre un recul critique par rapport à son cadre habituel, à observer d’autres pratiques et systèmes, bref à renouveler et ouvrir son regard. L’expérience internationale peut parfois être confrontante: elle bouscule nos certitudes, nous oblige à repenser nos méthodes et nos perspectives ; elle nous pousse à adopter une réflexion plus nuancée et à prendre la mesure de la complexité du monde. Par ailleurs, elle offre des opportunités uniques: nouer des collaborations internationales, bien sûr, élargir son réseau académique et en faire bénéficier les collègues, doctorants et étudiants, accéder à des projets de recherche inédits et intégrer des méthodes pédagogiques et scientifiques variées. Bref, cette exposition à des environnements différents enrichit la qualité de son enseignement, de sa production scientifique et sa visibilité académique. Cette expérience internationale se répercute aussi bien sûr au plan personnel : elle permet par exemple de développer son adaptabilité, sa capacité à comprendre et à dialoguer avec d’autres cultures. Elle permet de questionner ses propres pratiques et convictions, d’élargir sa manière de penser, de renforcer sa capacité de résilience et, in fine, son autonomie et son indépendance.

Élodie Decostre