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Construire un savoir partagé sur la régulation des loyers

Publié le 27 mai 2026 Mis à jour le 27 mai 2026

Entre recherches académiques et mobilisations locales, la régulation des loyers reste un terrain complexe. En mars, un atelier international organisé à l’ULB a réuni universitaires et associations de défense du droit au logement afin de coproduire un savoir réellement partagé. Retour sur une initiative qui renforce la coopération entre Bruxelles, Lausanne et Marseille.

Si la régulation des loyers fait l’objet d’une littérature académique abondante, les acteurs et actrices de terrain (associations, collectifs, travailleurs sociaux) manquent souvent du temps et des ressources nécessaires pour s’en saisir pleinement. À l’inverse, leurs pratiques, innovations locales et stratégies militantes restent largement invisibles dans la recherche universitaire.

C’est pour répondre à ce double constat qu’un atelier international s’est tenu les 16 et 17 mars à l’OpenLab.brussels. Intitulé Generating shared knowledge on rent regulation, le projet a rassemblé des équipes de l’Université libre de Bruxelles (ULB), de l’Université de Lausanne (UNIL) et d’Aix-Marseille Université (AMU), en collaboration avec des associations actives dans les trois villes.
 

Deux jours pour croiser analyses, expériences et stratégies

L’atelier s’est structuré autour de deux temps forts :

  • Jour 1 : exposés d’expert.es et discussions collectives visant à identifier et déconstruire les idées reçues sur la régulation des loyers ;
  • Jour 2 : séance d’écriture collective, réunissant chercheur.euses et associations autour de la production de ressources communes.

Une discussion publique en soirée a par ailleurs rassemblé un public nombreux et varié (ONG, administrations, collectifs de locataires, étudiant.es, citoyen.nes), confirmant l’actualité et le caractère transversal des enjeux liés au logement.

Des échanges ancrés dans le réel

Pour Maëlys Waiengnier (ULB), membre de l’équipe organisatrice, l’un des apports centraux du projet réside dans la qualité et la nature des échanges :

« Le séminaire a été utile à la fois pour les associations et pour les équipes universitaires. Les échanges nous ont permis d’identifier des arguments concrets en faveur de la régulation des loyers, arguments qui seront publiés prochainement dans une note de synthèse. Le constat principal qui ressort des contextes croisés est l’inefficacité des mécanismes de contestation des loyers abusifs, dès lors qu’ils reposent uniquement sur l’initiative des locataires. »

Le format du séminaire a également facilité des échanges directs et concrets, ancrés dans les réalités de terrain :

« La confrontation avec des contextes différents a permis de mettre en lumière des outils législatifs intéressants. Par exemple, en droit du bail à Lausanne, existe la notion de "rendement admissible”, qui correspond au rendement maximal qu’un loyer peut générer pour un propriétaire bailleur. »

Une parole qui résonne – témoignage de Sarah

La discussion publique a particulièrement marqué Sarah, chercheuse et militante de longue date sur les questions de logement :

« Non seulement les intervenant.es étaient passionnant.es, mais chaque prise de parole faisait écho aux autres, mettant en évidence à la fois les questions structurelles de la crise du logement abordable, ainsi que les points d'attention, les "fausses bonnes idées" et les "demi-solutions". »

Sarah retient en particulier deux enseignements majeurs :

« Airbnb n'est pas LE problème, mais vient renforcer l’inaccessibilité des villes. N'agir que sur Airbnb sera insuffisant, il s'agit bien d'une question de marché.
 On aura beau proposer un système de "plaintes" pour loyer abusif aussi accessible et protecteur que possible, si ce système repose sur les locataires pour faire valoir leurs droits, ça ne fonctionnera jamais assez que pour limiter les hausses de loyer. C'est une régulation (et un contrôle) collectif qu'il s'agit de mettre en œuvre. »

Des perspectives concrètes pour l’action et la coopération

Au-delà des échanges, le projet a permis de poser les bases de coopérations durables. La soirée publique a rassemblé un public diversifié et donné lieu à des discussions approfondies, tandis que les exemples venus de Lausanne et de Marseille ont ouvert des pistes directement mobilisables à Bruxelles.

Les arguments produits collectivement feront prochainement l’objet d’une note de synthèse et d’une bibliographie commentée, pensées comme de véritables outils d’appui pour les associations et les équipes universitaires.

Partenaires : Université libre de Bruxelles (ULB) - Université de Lausanne (UNIL) ; Aix-Marseille Université (AMU) ; Réseau Bruxellois pour le Droit à l'Habitat ; Asloca – Association des locataires (Vaud, Suisse) ; Collectif du 5 novembre