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Beyond EPICA : après le forage historique, place à l’analyse des glaces les plus anciennes de la planète
Un an après avoir atteint une profondeur record en Antarctique, le projet Beyond EPICA – Oldest Ice entre dans une nouvelle phase. Les équipes de l’ULB y jouent un rôle clé en analysant les glaces les plus profondes, au cœur des enjeux scientifiques du projet.
En janvier 2025, le projet européen Beyond EPICA – Oldest Ice franchissait un cap historique en atteignant, à Little Dome C, une profondeur de 2 800 mètres dans la calotte antarctique. Cette prouesse technique avait permis d’extraire une archive climatique continue couvrant jusqu’à 1,2 million d’années.
Aujourd’hui, le projet touche à sa phase finale sur le terrain. Les derniers échantillons de glace ont été acheminés en Europe, tandis que les analyses se poursuivent dans une douzaine de laboratoires à travers le continent. L’objectif : exploiter cette archive unique pour mieux comprendre l’évolution du climat terrestre, notamment lors de la transition du Pléistocène moyen, une période encore mal expliquée.
Le rôle central des glaciologues de l'ULB
Au sein de ce dispositif international, les équipes de notre université interviennent à plusieurs niveaux clés, allant de la modélisation de la calotte glaciaire à l’analyse des glaces les plus profondes.D’une part, les recherches menées par Frank Pattyn – Laboratoire de Glaciologie, Faculté des Sciences – sont essentielles pour interpréter correctement les données issues de la carotte de glace. Au sein de son équipe, Olivia Raspoet a utilisé des modèles de calotte glaciaire pour reconstituer l’évolution de l’Antarctique sur les 1,5 million d’années écoulées. Ces simulations permettent d’estimer les variations de température et d’épaisseur de la glace au niveau du site de forage.
Ces informations sont cruciales : elles permettent de comprendre comment la calotte glaciaire a évolué dans le temps, ce qui influence directement la direction et la vitesse d’écoulement de la glace. Elles aident également à déterminer si des épisodes de fonte ont eu lieu à la base de la calotte, un élément déterminant pour interpréter correctement les archives climatiques contenues dans la glace.
D’autre part, François Fripiat – Laboratoire de Glaciologie, Faculté des Sciences – dirige des recherches sur la glace basale, située à l’interface entre la calotte glaciaire et le socle rocheux. Ces échantillons rares constituent de véritables archives du passé : ils permettent de retracer la formation de la calotte antarctique de l’Est et d’explorer les environnements qui existaient avant son apparition.
Les analyses actuellement menées au laboratoire, notamment dans le cadre de la thèse de Charlotte Maistriau, visent à décrypter la composition en gaz de ces glaces. Une question centrale guide ces travaux : ces gaz reflètent-ils directement l’atmosphère ancienne, offrant une fenêtre inédite sur les climats passés ? Ou témoignent-ils d’une activité biologique, actuelle ou passée, dans ces environnements extrêmes sous la glace ?
Une étape décisive pour les sciences du climat
La dernière campagne a également permis de récupérer des fragments rocheux enfouis sous la glace depuis des millions d’années et de réaliser des opérations techniques complexes pour préparer de futurs forages ciblés.
Avec une carotte de glace de 2,8 kilomètres de long et des données couvrant plus d’un million d’années, Beyond EPICA constitue l’une des archives climatiques les plus complètes jamais obtenues. Les résultats attendus pourraient transformer notre compréhension du système climatique terrestre et des mécanismes qui régissent les cycles glaciaires.
En s’attaquant à certaines des grandes inconnues du climat passé, ce projet ouvre la voie à de nouvelles avancées scientifiques — essentielles pour mieux appréhender les évolutions climatiques à venir.