Publié le 29 avril 2026 Mis à jour le 29 avril 2026

Mobilisant tant le droit que l’histoire des sciences et des techniques, Nathan Genicot décrit dans son ouvrage comment l’accès à certains biens et services essentiels a de plus en plus été conditionné par les notations algorithmiques établies par les autorités publiques et les grandes entreprises.

En 2014, la Chine annonçait son intention d’instaurer un système de crédit social en vertu duquel ses citoyens seraient notés en fonction de leurs moindres faits et gestes et se verraient éventuellement privés d’accès à certains services (tels que les trajets en train ou en avion ou la possibilité d’inscrire ses enfants dans certains établissements scolaires) selon le niveau de la note attribuée. 

Ce projet a bénéficié d’une large couverture médiatique en Occident (bien que la réalité sur le terrain semble assez éloignée de l’image qui est véhiculée). Mais qu’en est-il dans nos pays ?

Bien qu’on en ait peu conscience, nous sommes constamment évalués et notés par des systèmes algorithmiques utilisés tant par les entreprises que les pouvoirs publics : lorsque nous postulons à une offre d’emploi, sollicitons un crédit ou introduisons une demande de permis de séjour, nous sommes bien souvent profilés par un algorithme qui prétend prédire notre comportement futur et fonde une décision sur cette base.

D’où viennent ces pratiques d’évaluation algorithmique et comment expliquer l’importance qu’elles ont acquises aujourd’hui ? C’est à cette interrogation qu’entend répondre cet ouvrage en racontant l’histoire du profilage, depuis la statistique sociale du XIXe siècle jusqu’aux dernières avancées de l’intelligence artificielle.

Trois domaines sont étudiés en détail : le travail (la sélection et le contrôle des travailleurs), l’assurance (l’évaluation du risque assuré, notamment le décès) et le crédit (l’évaluation de la solvabilité et de la « dignité de crédit »).
L’ouvrage décrit la façon dont le profilage est progressivement devenu l’un des principaux modes de gouvernement des individus et montre comment il est en passe de transformer jusqu’à la rationalité juridique elle-même. Alors que l’on considère traditionnellement que les règles revêtent par essence une portée générale et s’appliquent de la même façon à tous, le profilage entend dépasser cette généralité de la règle en façonnant des règles « sur mesure », c’est-à-dire qui appréhendent chacun individuellement, à sa juste mesure. Bien que cet horizon soit régulièrement présenté comme permettant de garantir le principe d’égalité – puisque chacun serait traité au regard des particularités qui lui sont propres –, l’ouvrage montre au contraire que le profilage menace d’en saper les fondements mêmes.

Nathan Genicot, Centre Perelman de philosophie du droit de l’ULB, est docteur en sciences juridiques, titulaire d’un master en droit et en philosophie, et actuellement chargé de recherche au FNRS.

En savoir plus