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Douches publiques à Bruxelles : des perspectives faces aux carences

Publié le 15 janvier 2026 Mis à jour le 15 janvier 2026

Alors que l’accès à l’eau et à l’hygiène est reconnu comme un droit fondamental, l’offre de douches publiques à Bruxelles reste largement insuffisante et mal répartie. Dans une nouvelle publication de Brussels Studies, trois historiennes de l’ULB – Pauline Bacquaert, Chloé Deligne et Sophie Richelle – analysent, avec des collègues géographes françaises, les carences actuelles, l’histoire et les usages des douches publiques bruxelloises, et esquissent des pistes concrètes pour repenser ces services essentiels.

Au cœur de l’hiver, comme en ce début d’année 2026, les conditions de vie des personnes sans-chez-soi ou mal logées inquiètent. Les places de logement d’urgence manquent et des systèmes de solidarité s’organisent. À l’instar de la SNCB et de la STIB qui ont pris la décision de laisser certaines stations ouvertes la nuit pour offrir de maigres refuges. Mais ne pas pouvoir bénéficier du confort d’un logement digne ou d’un logement à soi comporte de nombreuses autres difficultés parmi lesquelles celle de ne pas pouvoir se laver. Alors que disposer d’eau potable et d’hygiène est désormais considéré comme un droit fondamental, on estimait en 2021 que plus de 100 000 personnes n’avaient pas accès à une eau en quantité ou en qualité suffisante à Bruxelles. Or, l’offre publique d’eau d’hygiène en dehors du logement ne permet pas de répondre aux besoins. Il existe à peine une centaine de douches accessibles au public et celles-ci sont très mal réparties sur le territoire bruxellois.

C’est notamment ce qu’ont constaté trois équipes de recherche franco-belges, composées des historiennes Pauline Bacquaert, Chloé Deligne et Sophie Richelle - Centre de recherche Mondes Modernes & Contemporains, Faculté de Philosophie et Sciences sociales - pour l'ULB, ainsi que des géographes Lucie Bony (CNRS) et Marie Chabrol (Université de Picardie-Jules-Verne), qui ont collaboré à l’écriture de la dernière publication de la revue scientifique Brussels Studies, .

Les cinq chercheuses ont travaillé sur la question des douches publiques en adoptant des approches multiples. Pour Bruxelles, elles en ont retracé l’histoire et la géographie et ont également mené des enquêtes par questionnaire et des entretiens avec les personnes concernées pour mieux comprendre leurs besoins et leurs pratiques. L’analyse de trois cas de douches publiques bruxelloises qui ont fermé au cours des dernières années permet de comprendre que, contrairement à ce qu’affirment les discours trop souvent tenus par les autorités, ce n’est pas la baisse de la fréquentation qui est la cause première de ces décisions de fermeture



Elles observent que l’accès à l’eau sanitaire dans l’espace public est devenu un impensé des politiques publiques à partir des années 1980, moment où la salle de bain devient une commodité courante dans les logements bruxellois et où les piscines publiques, auxquelles étaient souvent accolés les services de douches, perdent leur caractère hygiéniste, devenant avant tout des lieux de loisirs, de bien-être et de sports. Il ne reste aujourd’hui qu’une seule véritable structure publique à l’échelle régionale : les Bains du Centre (Bruxelles-Ville, quartier des Marolles). Elle dispose de 30 cabines de douches séparées de la piscine. Le secteur associatif se charge principalement de compléter cette offre qui reste, au demeurant, totalement insuffisante.

Les autrices montrent que la complémentarité entre des services associatifs spécialisés dans l’accueil de publics spécifiques et des services publics ouverts à tous et toutes, toute la journée, est nécessaire. Leurs enquêtes plaident de plus pour le déploiement de lieux publics où l’eau sanitaire est accessible, sans attendre une politique régionale : les communes peuvent agir dès maintenant en valorisant leurs infrastructures existantes (piscines, centres sportifs, écoles). S’appuyant sur les résultats de leurs enquêtes, elles donnent également des clés pour mieux penser de tels services.

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