Publié le 3 août 2026 Mis à jour le 13 août 2026

Comment un animal fixé au fond de l'océan peut-il respirer, se nourrir et éliminer ses déchets, sans pouvoir se déplacer ? Pour survivre, les coraux noirs misent sur un allié presque invisible : d'innombrables cils microscopiques capables de mettre l'eau en mouvement.

Les coraux noirs forment de véritables forêts animales marines, qui abritent une riche biodiversité. Comprendre leur fonctionnement est essentiel pour mieux cerner leur rôle dans les écosystèmes marins et anticiper leur réponse au réchauffement des océans.

Le corail noir. Un nom trompeur, qu'il doit non pas à sa couleur externe, souvent jaune, rouge ou orangée, mais à son squelette, noir sous les tissus vivants. Comme tous les coraux, il est fixé au fond de l'océan et ne peut pas bouger.

Contrairement aux poissons, ces animaux ne peuvent donc pas fuir si les conditions se dégradent : leur survie dépend entièrement du renouvellement de l'eau au contact de leurs tissus, qui leur apporte oxygène et nourriture, et évacue leurs déchets.Mais comment un animal immobile parvient-il à renouveler sans cesse cette eau, sans jamais pouvoir la brasser lui-même en se déplaçant ?

C'est cette question que Mathilde Godefroid (Faculté des Sciences) et Soeren Ahmerkamp (tous deux « auteurs correspondants »), ont cherché à répondre dans le cadre d’une collaboration entre l’Institut Max Planck de Microbiologie Marine (Dr. Godefroid) et le Leibniz Institute for Baltic Sea Research (Dr. Ahmerkamp), en Allemagne. 

Pour cette étude, des coraux noirs ont été récoltés jusqu'à 73 mètres de profondeur en plongée technique. Leur réponse : les cils microscopiques qui recouvrent les tissus du corail y jouent un rôle clé.

En battant en permanence, ces cils génèrent de petits tourbillons qui renouvellent l'eau et multiplient jusqu'à plusieurs centaines de fois les échanges avec l'environnement. L'étude révèle aussi un second rôle, resté jusque-là sous-estimé : en observant le déplacement de particules à l'intérieur du corail, l'équipe a constaté que les cils font aussi circuler l'eau entre les polypes voisins — les petits individus qui, ensemble, forment la colonie. Un vrai réseau de canaux internes, jusque-là insoupçonné.

La forme du corail compte aussi : les espèces les plus ramifiées offrent une plus grande surface d'échange, mais semblent moins bien ventilées. Chaque espèce de corail noir combine ainsi différemment forme et activité ciliaire pour optimiser ses échanges avec un environnement qu'elle ne pourra jamais fuir.