Publié le 7 mars 2024 Mis à jour le 7 mars 2024

En cette journée des droits des femmes, Azélie Fayolle, post-doctorante FNRS au centre de recherche Philixte nous présente ses travaux. Après avoir consacré sa thèse à l’étude des sciences naturelles dans l’œuvre d’Ernest Renan, elle se consacre aujourd’hui à l’étude des féminismes du XIXe siècle ainsi qu'à l’idée de nature et au statut discursif des textes protéiformes des féministes.

Le choix de s’intéresser à un corpus féministe s’est imposé pour des raisons scientifiques : « je me suis intéressée au féminisme en tant que courant de pensée et de méthodes. J’ai senti que cela alimentait ma recherche scientifique » explique Azélie Fayolle, post-doctorante au centre Philixte, en Faculté de Lettres, Traduction et Communication. Plus particulièrement, les approches issues du féminisme matérialiste, mais également celles d’autres chercheuses qui permettent d’élargir la question de l’archive notamment afin de mettre en lumière des femmes oubliées et atténuer les « silences de l’histoire », pour reprendre la formule de l’historienne Michelle Perrot. Comme elle l’affirme : « Vu que les femmes sont assignées au nom de leur (supposée) nature, qui de mieux que les féministes pour penser cette idée de nature qui bouleverse les genres au XIXe siècle ».

Penser son émancipation malgré l’absence de système théorique
 

Son sujet de recherche peut se résumer ainsi : la nature écrite par les féministes et femmes de science. C’est en lisant une biographie de la féministe Madeleine Pelletier, que l’idée de repenser les dichotomies entre « nature-culture » ou « sexe-genre » s’est imposée à elle. En effet, bien avant Simone de Beauvoir, Madeleine Pelletier fait la distinction entre sexe biologique et sexe psychologique. Si l’on part du constat que le rapport « nature/culture » n’existe pas et ne se pense pas au XIXe siècle, de multiples questions émergent alors : Comment les féministes peuvent penser la nature ? Comment envisager son émancipation quand on est enfermé au nom d’une chose qu’on ne comprend pas ? En d’autres termes, comment peut-on penser son émancipation quand il n’y aucun système théorique pour la penser ? C’est là qu’intervient la notion du « feminist gaze » qu’elle a développé dans son ouvrage récemment paru aux éditions Divergences « Des femmes et du style : pour un feminist gaze » (2023).


L’idée est de déterminer les stratégies mises en place par ces femmes pour penser leur émancipation par le biais de l’écriture, via différents genres et textes. Ce « regard féministe » permet de mettre en évidence l’engagement politique par et dans les textes. Comme elle le rappelle « Il s’agit moins de questionner les histoires racontées que de la façon dont ces histoires sont racontées ».

L’importance de l’historicisation

Écrire permet à ces femmes de prendre conscience de leur oppression, d’avoir une réflexion sur leur propre positionnement et de trouver des sorties et des stratégies pour penser leur émancipation. Azélie Fayolle interroge ainsi des textes de genre et de forme différents afin d’y déceler les ressources inventives qui permettent de repenser leur position et de soutenir leur cause féministe. C’est une volonté de réinventer le monde dans lequel elles vivent en l’écrivant qui semble prépondérante. L’intérêt d’une telle recherche selon Azélie, au-delà de l’engagement politique, de la question des femmes est de « se dire qu’elles inventent tout et pour nous, vu du 21e siècle, tout est anachronique ». L’association ou le militantisme tel qu’on l’entend aujourd’hui se créent précisément à cette époque-là et sont quelque chose de nouveau ; la liberté d’association n’existe pas par exemple. Pour l’illustrer, elle rappelle que pour son corpus saint-simonien, un courant féministe et religieux précurseur du début du XIXe siècle, l’engagement semble aller de pair avec une certaine forme de religiosité. Dès lors, la notion même d’engagement n’est pas perçue ici comme « militer dans la rue » par exemple, mais s’engager dans des ordres religieux ou laïques. C’est par la suite qu’il y a eu une forme de laïcisation. C’est ici que l’on voit toute la distance qu’il faut prendre avec la réalité historique de l’époque, le fait qu’elles se rassemblent par exemple, nous paraît aller de soi alors que ça ne l’est pas. Dès lors, souligne-t-elle, « ce qui semble être une émancipation par rapport à la théologie est un renforcement de l’oppression de l’autre côté ».

Ecrire son émancipation 

Dans sa recherche, Azélie Fayolle nous guide à travers une réflexion profonde sur le féminisme du XIXe siècle et son rapport à la nature, à la culture et au discours. En explorant les textes des féministes et femmes de science de cette époque, elle met en lumière les stratégies innovantes déployées pour repenser leur propre émancipation à travers l'écriture. L'analyse du « feminist gaze » offre un regard critique sur la façon dont ces femmes ont abordé leur oppression et ont élaboré des récits puissants pour soutenir leur cause féministe : « Elles vont négocier à l’intérieur de ces nouveaux concepts qui auraient permis de décrire la réalité du renforcement de leur oppression, et qu'elles ne comprennent pas ». Elles arrivent par tous les courants possibles et qu’elles s’engouffrent dans toutes les brèches » explique-t-elle.

Pour en savoir plus, retrouvez son article « Le "feminist gaze" : quand les femmes écrivent en féministes » dans The Conversation.

Dans le cadre de la journée des droits des femmes, découvrez plusieurs recherches en cours sur ces questions.