Publié le 1 octobre 2026 – Mis à jour le 5 octobre 2026

Ça paraît vide, et pourtant : au-dessus de nos têtes, des millions d'objets circulent autour de la Terre. Certains sont des satellites, d'autres des morceaux de fusées ou des débris issus de collisions. Et si le problème commence dans l'espace, une partie des conséquences pourrait bien finir sur Terre. Avec Jeanne Longlune, doctorante à l'École polytechnique de Bruxelles.

Satellites actifs ou hors service, débris de collisions ou de destructions volontaires, outils perdus par des astronautes, étages de fusées... On compte aujourd'hui environ 1,5 million d'objets de plus d'1 cm dans l'espace.

Le problème, ce n’est pas juste qu’il y en a beaucoup. C’est qu’ils vont vite, très vite. À environ 7 km/s, même un tout petit débris peut faire d'énormes dégâts.

Et le mouvement s'accélère. Depuis 1957, les lancements se succèdent, portés en majorité par les satellites de communication. Starlink, la constellation de SpaceX, l'entreprise d'Elon Musk, prévoit à elle seule d'en déployer 42 000 dans les prochaines années. Or, ces constellations sont principalement envoyées sur les mêmes orbites basses (LEO), sous les 2 000 km d'altitude, sans réglementation internationale suffisante pour contrôler les envois : qui envoie, quand et où ?

 


Les conséquences de ces envois massifs sont déjà concrètes : pollution lumineuse qui complique la recherche sur les origines de l'Univers, manœuvres d'urgence pour protéger les astronautes. Et plus de satellites veut dire plus de risques de collision. À terme, certains chercheurs craignent une réaction en chaîne : c’est le scénario du syndrome de Kessler. Chaque collision produirait de nouveaux débris, qui en percuteraient d’autres, jusqu’à rendre certaines orbites inutilisables.
 


Et si un satellite vous tombait sur la tête ?

Parce que si ça monte, ça finit bien par redescendre... Mais tout dépend de l'altitude. Sous 500 km environ, un satellite rentre tout seul en moins de 25 ans. Plus haut, c'est beaucoup plus long : plus d'un siècle vers 800 km, plus de mille ans vers 1 200 km, et à 36 000 km, il ne redescendra surement jamais.

Pour ceux qui redescendent, la rentrée dans l'atmosphère les fait fondre presque entièrement. Certains matériaux, comme le titane, peuvent néanmoins résister à la chaleur et finissent par toucher le sol.

Dans de rares cas, la rentrée est plus ou moins contrôlée et l'objet est dirigé vers le Point Nemo, l'endroit le plus isolé du monde, où environ 260 engins ont été envoyés depuis 1971. Mais, même là, impossible de prédire un point de chute précis.

Mais, le plus souvent, lorsqu’un objet n’est pas entièrement désintégré, ses fragments retombent donc quelque part sur Terre... en espérant que ce ne sera pas sur nos têtes.

C'est pour limiter ce risque que le « design for demise » a été développé. L'objectif ? Penser le satellite dès le départ pour qu'il disparaisse au maximum lors de sa rentrée, par exemple en remplaçant les matériaux qui résistent à la chaleur par d'autres qui fondent, afin de limiter les fragments qui atteignent le sol. Les satellites en orbite basse, comme ceux de Starlink, sont ainsi conçus pour se désintégrer en grande partie.

Cependant, cette approche a son revers. On sait que les lancements spatiaux polluent, mais qu'en est-il des retours sur Terre ? En brûlant et en se désintégrant, les satellites déposent des particules tout au long de leur trajectoire de rentrée. Quels risques ces particules peuvent-elles poser pour le bilan radiatif de la Terre et pour la santé humaine ? C'est ce qu'étudie Jeanne Longlune, doctorante en ingénierie physique et aérospatiale à l'École polytechnique de Bruxelles.

Alors, tant qu'on ne connaît pas précisément ces effets, faut-il continuer à privilégier le design for demise ? Car s'en passer, c'est accepter que davantage de fragments atteignent le sol… ou peut-être nos têtes.