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Frank Pattyn: garder un positionnement d'expert, pas de décideur

Publié le 30 novembre 2021 Mis à jour le 8 décembre 2021

Frank Pattyn est professeur ordinaire et directeur du laboratoire de glaciologie à l’ULB. Il s’est spécialisé sur la modélisation des calottes glaciaires et est l’un des auteurs contributeurs du dernier rapport du GIEC. Il a reçu le Prix de la diffusion scientifique ULB - Catégorie Expert, experte presse – pour ses interventions sur l’enjeu climat.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, Frank Pattyn, directeur du Laboratoire de glaciologie en Faculté des Sciences est devenu glaciologue tout à fait par hasard. « J’étais même pas du tout intéressé ! » Il commence par étudier la géographie physique et la climatologie à la VUB. Au moment de choisir un sujet de mémoire, son promoteur « insiste fortement » pour qu’il opte pour un thème lié à la glaciologie, ce que Frank fait. « Ça ne m’a plus jamais lâché ». Il conçoit alors un modèle de développement glaciaire. 

le plus fort, c’était de mettre le pied sur l’Antarctique


En 1990, Frank rejoint une mission japonaise et part pour la première fois en Antarctique en bateau. Le but? Valider les données utilisées dans ses modélisations. Il se souvient : "On rentrait graduellement dans un autre monde. On passait par les tempêtes, la glace de mer, la banquise. On voyait les premiers icebergs, les manchots. Pour moi, le plus fort, c’était de mettre le pied sur l’Antarctique, après trois semaines dans le bruit du moteur. Je me retrouve tout d’un coup dans un silence immaculé. Indescriptible. Bouleversant. Partout où je regarde, tout est blanc".

Dans les années 90, le changement climatique est beaucoup moins médiatisé qu’aujourd’hui. "Quand j’étais doctorant, on faisait des simulations simples d’une calotte glaciaire pour des écoles. L’une de nos expériences était : que se passerait-il en cas d’hiver nucléaire? L’accident nucléaire était une préoccupation beaucoup plus présente que le changement climatique". 

Aujourd’hui, Frank Pattyn intervient régulièrement dans la presse écrite, web, à la radio et à la télévision. Sur les plateaux télévisés, sa préférence, c’est le direct : « on ne peut pas couper. Alors je peux faire passer mes messages plus facilement ». 

J’ai un peu le sentiment d’avoir toujours l’index pointé pour dire Attention!


Le défi actuel en termes de communication, pour Frank, c’est de garder un positionnement d’expert, pas de décideur. "C’est un danger, surtout quand on travaille sur des sujets qui touchent au social, au politique. On reçoit de plus en plus la question: est-ce que les politiques font bien les choses? Ce n’est pas à moi de dire s’il faut remplacer le nucléaire par le gaz ou le gaz par le nucléaire. C’est un choix politique".

En tant que glaciologue, c’est aussi complexe pour lui de diffuser un message optimiste: le niveau des mers augmente, les glaciers dans les Alpes risquent de disparaître. "J’ai un peu le sentiment d’avoir toujours l’index pointé pour dire Attention!.

Mais Frank Pattyn s’efforce de rester optimiste.  "Je trouve ça important de transmettre des messages comme il n’est pas trop tard pour agir. On peut encore limiter le réchauffement climatique en dessous de deux degrés. Sinon, ça mène à ce qu’on observe parfois: l’écoanxiété, des gens qui en ont ras le bol et ne voient plus aucun futur". 

Pour lui, la diffusion scientifique, c’est la transmission des connaissances, mais aussi la création de nouvelles vocations. Il faut susciter des vocations scientifiques parmi les écoliers. "La Belgique a besoin de bons scientifiques pour affronter les défis futurs" souffle-t-il.


 
Contact
Communication Recherche : com.recherche@ulb.be